Institut Européen des Arts Céramiques

Association pour l’enseignement, la formation et la diffusion des arts céramiques en France et à l’étranger

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Élisabeth Guerry

Terres
Terroirs
Territoires

 

Trois mots. Presque les premiers mots posés sur le cahier noir aux pages blanches distribué en début d'année.

Je partais alors de chez moi pour un an vers de nouvelles terres, un nouveau terroir, de nouveaux territoires... « Déterritorialisation »

Une nouvelle étape sur le chemin. Le choix de se donner du temps pour aller vers ce nouveau territoire avec la terre, même si le voyage s'accompagne d'une perte de repères et d'une mise en danger.

Avant, j'étudiais des territoires pour leur proposer des projets de développement.

Méthodologiquement, il fallait comprendre ce qu'ils étaient, leur histoire, leur culture, leur quotidien pour les aider à se diriger vers le futur. La différence cette fois-ci est que la démarche me concerne. Elle correspond à un besoin très personnel.

Avant encore, j'ai fait de longues études d'histoire de l'art, qui me nourrissent encore. Sans pratique plastique.

Une année, douze mois, pour essayer de répondre à la nécessité ressentie de trouver avec la terre le chemin vers des formes dans lesquelles je me reconnaisse, ouvrant sur l'intime si difficile à exprimer, sur l'émotion. L'apprentissage d'un nouveau langage.

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Le début du cheminement

La mise en route est joyeuse avec des moments importants.

Le très mémorable stage de Jérôme Galvin. Je me retrouve très rapidement en difficulté. Dessiner ? Mettre de la couleur ? Je débute l'apprentissage.

Bouleversant stage de Philippe Godderidge, comme la découverte d'une famille "c'est ça" !

La joie du « lâcher de couleurs » à la fin de l'installation faite à trois pendant le stage d'Anne Bulliot  "Équilibre-Déséquilibre".



D'autres découvertes : la réaction des nouvelles terres et ce qu'elles me renvoient, leurs textures et ce que l'on peut en faire, des formes, des gestes, le décor, les couleurs, les cuissons en réduction.

De nouvelles pratiques : écriture et dessin qui me tentent et que je n'arrive pas à mettre systématiquement en place. Des empêchements, une carapace qui s'effrite mais encore trop épaisse.

Des déclics sur ce qui peut devenir important, des idées qui fusent.

Des mots viennent : histoire lointaine, famille, joie, éclatement, redressement, équilibre, déséquilibre, flux qui submerge, lourd, léger, temps, présence absence, délitement, cheminement, passage... matière.

Des gestes qui se répètent avec les mains dans la terre : battre, malaxer, couper, étirer, arrondir, redresser, modeler, assembler, juxtaposer...



Des formes apparaissent plusieurs fois : maisons, mégalithes, rochers, béquilles ; et des formes étranges, parfois plutôt végétales ou bien posées au sol, des passages, des formes dressées.

Et des formes qui prennent de l'importance :

une grande jarre en faïence noire chamottée aux pieds (chamotte et fibres de chanvrette), et montée avec des colombins malaxés entre les mains, « comme les potières africaines ! ».

Enfin la rentrée du mois d'août et un projet formulé qui me rassure. J'ai un projet !

Issu de ce qui m'habite, « mes terroirs », et des réflexions menées tout au long des mois écoulés. Je pense travailler sur un cheminement entre ce que je suis et la recherche d'un nouveau langage formel. 

Un projet sous forme de parcours en trois parties :

• « pierres couchées » ou « pierres tombales », prévues en terre crue, qui peu à peu vont disparaître totalement du projet

• « pierres levées », formes issues d'une réflexion sur « d'où je viens », qui parlent d'histoire, de mes racines, de culture, de nature : ce sur quoi je m'appuie, de mes « terroirs »

• et des formes nouvelles que je sais intimement être la raison pour laquelle je suis venue cette année, que je pressens mais qui sont de l'ordre d'un territoire inconnu.

Trois mois et demi pour comprendre et les faire émerger.

Les pierres levées - mes terroirs

Évocation de ce qui me nourrit intérieurement, mes inspirations : histoire, culture, racines, paysages, nature... Mes « terroirs », bases solides qui permettent de ne pas se déséquilibrer quand la vie interroge.

Formes ovoïdes, sans véritable ressemblance avec les pierres levées des sites mégalithiques, trop lisses, trop petits. Œuf ? Cocon ? Une forme comme un refuge ou pour une naissance ?

Formes rondes, creuses, modelées autour du vide. Des grandes, des moyennes, des petites. Plaisir de les enserrer dans mes bras. Geste d'enroulement. Sécurité – Maternité – Bien-être. Rassurant.

Le choix dès le départ de recouvrir ces pièces de terres recueillies passées sous forme d'engobes et d'émaux de cendres de végétaux ou d'os. Récolter des terres, les faire cuire. Une pratique qui m'est habituelle. Cette fois-ci, je cherche à développer du jaune que j'associe à la joie, le soleil, la lumière.

Toutes les pierres levées sont traitées avec les mêmes ingrédients de surface. Et, en fonction des cuissons, de la température des fours, des cuissons en réduction ou en oxydation, les résultats sont différents.

La pierre levée blanche -comme un signal

Et puis une évolution. Une pierre levée différente, grande forme blanche, un peu penchée mais bien posée au sol.

Comme un signal, la marque d'un passage, d'un changement de destination.

La volonté de passer vers d'autres formes et d'autres couleurs. Elle sera blanche. Comme une page blanche. D'autres plus petites sont fabriquées par estampage d'une brique.

Formes nouvelles - vers l'inconnu

Une recherche de formes menée simultanément avec les Pierres levées. Un aller-retour incessant.


La nécessité de faire de la place sur la table pour passer des unes aux autres.

Dès le départ, la volonté d'émailler ces pièces avec des couleurs vives. Là encore, je veux du jaune mais cette fois-ci, je souhaite travailler avec des colorants : essais d'émaux et engobes avec des colorants rouges, jaunes... Et des essais d'application pour tenter de s'approprier des couleurs, des gestes. C'est un autre travail, une tentative vers un autre territoire inconnu. Des formes naturelles minérales, florales ou végétales …

Des formes relevées. Des bouts de plaques de terre, texturées le plus souvent…

Des empreintes en porcelaine qui questionnent la main et la créativité…

 

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